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Prologue, Astrae Amantes

  • aaestrum
  • 12 juil. 2023
  • 9 min de lecture

Dernière mise à jour : 13 juil. 2023




Celui qui trahit doit mourir, année 1988




LE VENT VIENT FRAPPER violemment sur les carreaux, les volets sont restés ouverts et claquent dans un bruit assourdissant. Mais cela n’affecte pas la petite famille, qui est bien à l’abri à l’intérieur de la maison.
Il fait nuit depuis un moment, mais il y a encore de la vie dans ce beau pavillon. Si le temps n’était pas aussi mauvais, nous aurions pu longuement évoquer la beauté du jardin, la blancheur des pierres de la façade, les rosiers qui venaient les décorer de leurs belles couleurs une fois les beaux jours de retour. Une maison de famille prospère, perdue dans un village sorcier pittoresque d’Angleterre.
Mais la nuit est froide, la pluie est forte et le vent ne semble pas prêt de s’arrêter. Par la fenêtre, on peut distinguer une jeune femme, bien occupée à brosser doucement les cheveux d’une petite tête brune, qui elle, fait de même avec sa poupée.

Maman. Pourquoi il est pas là, papa ?

Papa reviendra bientôt.

C’est la même question, tous les soirs, systématiquement, la petite fille, la plus âgée de la maison en l’absence de son aîné, répète cette même phrase. Et chaque fois, sa mère esquive. Pourquoi chercher à répondre quand les mots nous manquent ? Que dire à une enfant ? Et peut-on dire la vérité, même quand celle-ci est moche ?

Papa a fait quelque chose de mal, Jane. Quelque chose de très mal. Et maman a été obligée de le dénoncer. Pour ne pas qu’il refasse souffrir des gens.

Non, on ne peut pas dire cela à une enfant, cela reviendrait à titiller sa curiosité, la petite voudrait en savoir plus, et sa mère ne pouvait décemment pas lui révéler toute la vérité. Pas à une enfant. Une enfant.

C’est une enfant.

Aurora Selwyn est arrachée à ses pensées par les pleurs d’un nourrisson. Elle n’a pas qu’un seul enfant, l’espace d’un instant, elle s’est cru seule. Si cela avait duré, elle se serait peut-être mise à pleurer. Mais il ne faut pas, il faut sauver les apparences. C’est ce qu’on fait dans ce genre de situations, ou dans ce genre de familles. On se construit sur des apparences.

Joséphine est un gros bébé, elle pleure tout le temps.

Joséphine n’a que deux ans, toi aussi, tu pleurais encore à son âge. Se moqua gentiment sa mère en se redressant, mais déjà, la petite brune attrapait ses cheveux. Jane, je dois aller la voir, je reviens vite.

Ils sont beaux tes cheveux, blonds comme le soleil. La femme rigole doucement en passant sa main dans ceux brun de sa fille. Je voudrais avoir les mêmes.

Les tiens aussi sont beaux, on dirait ceux de… Elle s’arrête. Voilà que ça recommence, cette boule au ventre. Les volets claquent de nouveau, la faisant sursauter. Elle se précipite vers la fenêtre pour l’ouvrir et fermer les volets. Mais l’espace d’un instant, elle croit apercevoir quelque chose, au bout de la rue. Elle frissonne, est-ce que c’était réel ?

Maman ? Qu’est-ce qu’il y a ?

Rien, la blonde referme les volets et la fenêtre. Je vais voir ta sœur, je reviens.

Sans un mot de plus, tandis que la petite Jane se saisit d’un livre pour attendre patiemment sa mère, la jeune femme s’empresse de gagner l’étage supérieur pour aller bercer sa petite dernière. Elle en profite pour jeter un coup d’œil aux autres enfants, mais tous dorment à poings fermés. Il n’y a que la petite Jane qui a du mal à dormir, comme toujours.
Elle s’apprête à redescendre, mais fait un crochet par sa chambre, elle observe la pièce, plongée dans la pénombre. Cette nuit, Jane viendra peut-être dormir avec elle, elle n’aime pas quand la pluie frappe sur les carreaux, cela l’oppresse. À chaque tempête, elle réveille ses parents. Aurora a toujours du mal à émerger, elle a toujours eu le sommeil lourd, c’est son mari qui se chargeait jusqu’à présent de se lever pour calmer leur fille. Il a toujours été si doux avec ses enfants. Y penser lui arrache un frisson.
Plongée dans une sorte de nostalgie, elle n’entend pas la porte claquer. C’est seulement quand elle perçoit les hurlements de sa fille, restée en bas, qu’elle réagit. Il y a quelqu’un dans la maison. Aurora Selwyn se précipite vers la table de chevet, pour se saisir de sa baguette, mais elle n’est pas là.

Elle la range toujours là.

Il n’y a pas de temps à perdre, baguette ou non, sa fille est seule. Elle se précipite dans les escaliers, mais c’est trop tard. Ils sont là, dans la maison. Elle les reconnaît immédiatement, deux hommes masqués, des vêtements noirs, les inquiétudes de la famille concernant l’éclatement des conflits. Ce que les contemporains nommeront plus tard La Première Guerre des Sorciers, ou un autre titre claquant. Tout le monde craignait une attaque, Aurora la première, après ce qu’elle avait fait. Mais elle n’aurait jamais pensé que cela se produirait de cette manière.

Lâchez ma fille. Aurora Selwyn n’a pas de baguette, elle n’a pas de moyen de se défendre, elle n’a jamais été douée en sortilèges. Toujours acclamée par son professeur de Potions, le vieux Horace Slughorn, mais jamais par ce petit prof à longue barbe de Flitwick.

Celui qui trahit doit mourir. Voilà ce que lui répond une voix éraillée. Les pleurs de Jane sont plus étouffés, il a sa main gantée sur son cou. Aurora tente de se précipiter vers elle, mais déjà, le second l’attrape par l’épaule pour la lui broyer. Elle tombe, et hurle de douleur. Elle a l’impression qu’on vient de lui briser les os.

Elle essaie de se relever.

Peine perdue.

Déjà, l’éclat rouge se diffuse dans la pièce, et son précédent hurlement s’étouffe pour un autre, bien plus fort. Puis une autre lueur rouge, et encore une. La douleur est terrible, saisissante, c’est comme si on lui broyait le corps, entièrement. C’est comme si son cerveau manquait d’air, sa tête semble sur le point d’exploser. Un déchirement intérieur, une agonie, c’est ce qu’elle ressent à cet instant, mais ce n’est pas le pire.
Le pire arrive après tout le reste, au son des bottes, le pied lourd. Un troisième homme se dresse devant les deux victimes. La petite ne pleure plus, sa mère la regarde, du sang s’écoule de son visage. Il l’a frappé, celui qui la retient. Jane est effrayée, comment pourrait-il en être autrement ?

Retire ton masque Selwyn, et punis cette traîtresse comme elle le mérite. Aurora ouvre les yeux en grand, la douleur infligée par Doloris est bien loin à présent, il n’y a pas plus puissante souffrance que la trahison d’un être cher.

Allan Selwyn, l’homme qu’elle a aimé dès que leurs yeux se sont croisés, ce jour-là, à la rentrée des premières années de Poudlard. Sept ans de complicité, soldés par un mariage, des enfants, une vie de famille heureuse, une place dans une famille respectable et respectée. L’amour d’un homme, d’un mari, d’un père. Tout ce bonheur, qui passe dans ses yeux, se fane instantanément quand elle croise ses deux iris.
Les mêmes que Jane, pense-t-elle. La petite est son portrait craché.

A-Allan… Sa voix est faible, étranglée de sanglots. Elle pleure désormais, elle pleure parce qu’elle sait ce qui va arriver. Il n’y a pas de retour arrière. Le regard de cet homme la déchire. Il hésite, il hésite, mais il va devoir faire un choix, et après tout ce qu’il a fait, elle sait très bien qu’il fera le mauvais choix.

Fais-le. Elle a parlé, elle t’a dénoncé auprès des Aurors. Pire encore. L’un des hommes masqués s’approche un peu plus et siffle de sa voix vénéneuse. Elle a pris tes enfants, elle te les a enlevés. Aurora voit le regard de son mari changer tandis qu’il grimace, se frottant douloureusement le bras. Là où se trouve sa marque. Elle a voulu te duper, elle pense que tu es un mauvais père. Tu es un mauvais père, Selwyn ?

Je ne suis pas… Un mauvais père. Il frotte frénétiquement son avant-bras.

Elle doit payer. Elle doit souffrir autant que toi, tu as souffert. Elle est un obstacle, qu’est-ce qu’on fait d’un obstacle ?

On l’écarte.

Aurora pleure de nouveau, Jane elle, renifle. La mère de famille regarde sa fille, le sang lui coule sur les yeux, sur la bouche. Mais elle serre les dents. Elle ne veut pas causer de tort à sa maman, elle essaie de se retenir de hurler, de peur, de tristesse, de douleur peut-être.

Exactement. Tu dois t’en débarrasser.

Ne fais pas de mal à ma maman ! Trop tard, le type vient de jeter la petite violemment sur le sol et pointe sa baguette sur elle.

Pas ma fille ! Hurle Aurora, mais le même rayon rouge s’échappe de l’extrémité de son arme et vient toucher l’enfant qui se met à hurler avec force. Pitié, je vous en supplie. Ne faites pas de mal à mon enfant ! Elle se redresse vers Allan avec difficulté et s’agrippe à sa cape. Tu peux me faire ce que tu veux, mais pas elle, pas notre fille. Tu l’aimes, Allan, tu l’aimes ! Ne laisse pas ce… Cette marque te dire le contraire !

L’homme fronce les sourcils, comme s’il sortait d’une transe. Mais c’est trop tard, sa fille se tord sur le sol, pleurant, hurlant, suppliant sa mère de lui venir en aide. Aurora se lève, tout va si vite devant les yeux d’Allan, il tente de la retenir, mais déjà, la lumière verte se précipite sur elle. Il n’a même pas le temps de la rattraper, devant ses yeux, ses cheveux flottent un instant avant de retomber, comme son corps.

Elle ne bouge plus.
Elle ne respire plus.

Il chute, lui aussi, tandis que la douleur dans sa poitrine l’écrase. Devant lui, elle paraît presque sereine. Elle ne crie plus, ne pleure plus. Il n’y a plus un son. Même l’enfant a cessé de hurler. Les cheveux blonds sont étalés sur le sol, on dirait une cascade.

Une cascade dorée.
Comme les rayons du soleil.

Maman ? La petite voix résonne comme un écho dans les oreilles du père. Maman ? Elle est plus forte quand la petite fille tente de ramper vers le corps sans vie de sa mère.

Sans vie.
Elle est morte.

Allan se rend compte qu’elle n’est plus là, qu’il n’y a pas de retour arrière. Il sent la colère inonder son corps, la haine parcourir ses veines. Il se redresse, l’homme qui se tient à ses côtés observe la scène avec désintérêt. Allan est presque certain que son masque, il affiche une moue ennuyée, il se moque bien de tuer, il n’est plus à ça près. Lui non plus, cela dit. C’est ce qu’il se dit quand il le saisit à la gorge avant de le propulser sur le sol et de le frapper. La fillette hurle à nouveau tandis que le sang gicle, elle hurle devant les cris de son père, ce sont des cris de rage, de la rage pure. Elle n’a jamais vu ça.

L’homme ne se relève pas.
Son masque est brisé en deux.
L’homme ne se relèvera plus.

Mais déjà, les lumières s’agitent à l’extérieur, déjà les autorités se pressent. Ils ont été repérés. Il faut fuir, mais pourquoi fuir ? Allan n’a plus rien. Il l’aimait, et il la laissé mourir là, dans leur maison, sous le regard de leur fille.

Leur fille.

Le fruit de leur amour, ses enfants, sa famille.
Pourquoi il a fait ça, déjà ? Il ne s’en souvient plus. Il était en colère, et maintenant, il n’y a plus rien. Seulement un vide énorme.

Selwyn. On doit partir.
Tu as fait du mal à ma fille. Ce n’est qu’un murmure, son compagnon ne l’entend pas.
Selwyn !

Mais l’homme se laisse tomber de nouveau, et attrape sa fille dans ses bras. Elle ne se débat même pas, elle est complètement vide elle aussi. Elle ne comprend pas ce qu’il vient de se passer, elle ne comprend pas pourquoi ça s’est passé.

Je ne te ferais rien, Jane. Papa t’aime.

Est-ce que c’est ça l’amour ?
Est-ce que c’est ça, aimer quelqu’un ? N’aimait-il pas leur mère ? Pourquoi alors l’a-t-il laissé mourir de cette façon ? Pourquoi n’a-t-il rien fait ? Tout est allé si vite.

La porte est enfoncée, le Mangemort encore debout est arrêté, mais Allan ne se sépare pas de sa fille. Il la garde dans ses bras, il écoute son petit cœur qui bat à la chamade. Qu’est-ce qu’il vient de se passer ?
Cela n’a pas duré plus d’une quinzaine de minutes.
Qu’est-ce qu’il vient de se passer ?

Il est arraché en arrière, et déjà, un homme le dépossède de sa baguette. Qu’il la prenne, il n’en veut plus. Il essaie de se défaire, il veut sa fille, qu’on lui rende sa fille. Et ses autres enfants, qu’on lui laisse sa famille, maintenant qu’il a perdu la femme qu’il aimait.

C’est ta faute. C’est la voix de Jane, accusatrice. Elle n’a que huit ans, mais sa maman est morte. Papa a tué maman.

La vérité sort de la bouche des enfants. Immédiatement, les Aurors le plaquent, visage au sol, et l’attache fermement, de toute façon, il ne se débat plus. Son nez est presque collé au sang qui s’écoule.

Le sang ?

Il n’avait même pas remarqué les plaies profondes que le sortilège Doloris avait infligé à Aurora. Son visage paraissait serein, mais pas le reste de son corps. Il voudrait la serrer dans ses bras, mais déjà, sa marque le brûle. Il a accompli sa mission. Il voit ce vieil Auror borgne s’approcher de la plus jeune, pour l’éloigner. On lui enlève sa fille. Il veut sa fille.

Mais il a accompli sa mission.
Celui qui trahit doit mourir.

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